Grisons · Rheinwald

Splügen

À 1 457 mètres, au carrefour de deux cols vers l'Italie, un village de transit que ses habitants ont sauvé des eaux.

Illustration dérivée, réalisée par Swiss Highlights à partir d'une photographie sous licence libre.

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Splügen occupe le fond du Rheinwald, à 1 457 mètres, là où le Hüscherabach rejoint le Hinterrhein et où se séparent les routes du col du Splügen et du col du San Bernardino — deux passages déjà empruntés à l'époque romaine pour gagner l'Italie. Au nord se dressent les Splügener Kalkberge. Le nom vient du latin spelunca, la grotte : il apparaît sous la forme Speluca dans un registre carolingien de 831, et les dialectes des Grisons italiens gardent encore splüg pour un rocher en surplomb. Le village parlait roman avant d'être colonisé, à la fin du XIIIe siècle, par des Walser venus du sud par le San Bernardino.

Du bas Moyen Âge au XIXe siècle, Splügen a vécu du transit : presque tout le monde y dépendait, directement ou non, du roulage à dos de mulets, et en 1443 les comtes de Werdenberg-Sargans accordèrent au village une foire annuelle et un marché hebdomadaire. Le bâti en garde la trace. La maison Camastral, socle de pierre à trois niveaux surmonté d'une construction en madriers, logeait le répartiteur qui distribuait entre les muletiers les marchandises arrivées ; le Bodenhaus, bâti en 1722 comme entrepôt, est devenu hôtel en 1822 ; l'auberge de la Croix-Blanche occupe une ancienne souste. Les maisons de la famille von Schorsch, élevées de 1717 à 1719, montrent des éléments de style italien que rien n'annonce dans une vallée walser.

Le village a brûlé en 1716 et fut rebâti sur les fondations restées debout, ce qui explique l'étroitesse de ses ruelles ; un second incendie ruina six familles en 1751. L'église réformée, à nef unique et chœur polygonal, fut élevée entre 1687 et 1689 ; l'école et maison communale, en pierre sous toit en croupe, date de 1716 et abrite le musée régional du Rheinwald. À l'écart subsiste la ruine du château de Splügen, une tour forte de la seconde moitié du XIIIe siècle.

L'ouverture du tunnel ferroviaire du Gothard, en 1882, a coupé le village de son gagne-pain : le transport de marchandises est tombé de 14 000 tonnes à 1 000 tonnes en peu de temps, et beaucoup sont partis pour les États-Unis ou la Nouvelle-Zélande. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un projet de barrage prévoyait un mur de 700 mètres de long et de 150 mètres de haut près de la ruine du château : Splügen, Medels et Nufenen auraient disparu sous la retenue. La résistance des habitants et une longue procédure ont eu raison du projet, rejeté par le Conseil fédéral le 29 novembre 1946. En 1973, la vente de Schoggitaler dans toute la Suisse a financé la conservation du site ; le village a reçu le Prix Wakker en 1995 et rejoint en 2019 l'association des Plus Beaux Villages de Suisse — l'année même où la commune de Splügen disparaissait dans celle de Rheinwald.

Pourquoi ce lieu est remarquable

Splügen doit sa forme au trafic et sa survie à un refus. Le village s'est construit sur le passage des mulets — entrepôts, souste, maison du répartiteur, auberges — puis s'est vidé quand le Gothard lui a pris ses convois en 1882. Un demi-siècle plus tard, ses habitants ont empêché qu'on le noie sous un lac de barrage. Ce qui se visite aujourd'hui est un village de transit conservé par entêtement.

Histoire et origine

En 1799, une division française commandée par Lecourbe occupa le village ; l'année suivante, l'Armée des Grisons de Macdonald franchit le col du Splügen en direction de Chiavenna, le 6 décembre 1800. De 1818 à 1823, les chemins muletiers du Splügen et du San Bernardino furent transformés presque simultanément en routes commerciales, sous l'effet de la rivalité entre le Piémont et la Lombardie autrichienne. L'ouverture du tunnel routier du San Bernardino, en 1967, a déplacé le trafic une dernière fois : le col du Splügen est redevenu silencieux, et les ouvrages d'art de la première chaussée s'y sont conservés.

Que faire et voir

  • Repérer les bâtiments liés au transit muletier : la maison Camastral, le Bodenhaus de 1722 et l'auberge de la Croix-Blanche, ancienne souste.
  • Voir les maisons de la famille von Schorsch, élevées de 1717 à 1719, dont le style italien détonne dans une vallée walser.
  • Monter à la ruine du château de Splügen, tour forte de la seconde moitié du XIIIe siècle.
  • S'arrêter à l'église réformée bâtie entre 1687 et 1689 et au musée régional du Rheinwald, installé dans l'ancienne école-maison communale de 1716.

En couple

  • Parcourir les ruelles étroites, reconstruites après l'incendie de 1716 sur les fondations restées debout.
  • Chercher la maison du répartiteur, le Bodenhaus et l'ancienne souste, traces du village de transit.
  • Monter à la ruine du château, que l'on a failli voir engloutie par un barrage projeté durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Se rappeler, en marchant, la mobilisation des habitants qui a fait échouer ce projet de barrage, rejeté en 1946.

Localisation

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Lieux associés

Une ruelle en pente vue en enfilade entre deux rangees de maisons de bois brun fonce aux volets ouverts, menant a une petite eglise en bois coiffee d'un clocheton pointu, sous un ciel bleu sans nuages.

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