Bourg médiéval · Valais

Saillon

Un bourg médiéval serré sur son rocher au-dessus de la plaine du Rhône, dominé par la tour Bayart, donjon élevé en 1261-1262 à l'écart du château.

Illustration dérivée, réalisée par Swiss Highlights à partir d'une photographie sous licence libre.

← Retour à l'exploration

Saillon tient sur un verrou rocheux qui interrompt la plaine du Rhône, à douze kilomètres au nord-est de Martigny, sur la rive droite du fleuve. Le bourg est enfermé dans une enceinte du XIIIe siècle percée de portes ouvrant vers les quatre points cardinaux ; à l'intérieur, les ruelles pavées montent en tournant, coupées de passages et d'escaliers voûtés. L'église Sainte-Catherine, bâtie en 1740 sur le rocher de la Porte du Scex et coiffée d'un clocher en pyramide de pierre, ferme le haut du bourg. La commune s'étend sur 13,74 km² et garde une enclave, celle d'Euloi.

La tour Bayart, elle, occupe une butte à part. Jean Mésot, maître d'œuvre de Pierre II de Savoie, et Franciscus cementarius l'ont élevée en 1261-1262 sur le terrain de Dame Bayart, dont elle porte le nom. La disposition est rare : ce donjon ne se tient pas à l'abri des murs du château, la colline voisine étant trop étroite pour loger à la fois une tour maîtresse et des corps de logis. Du château ne subsistent que des pans de murs ; à l'ouest de la tour, trois demi-tours et le rempart qui les relie ont été remis en état. Le sommet, autrefois couvert d'un toit de bois aujourd'hui disparu, s'atteint par un escalier ménagé dans l'épaisseur du mur, et le regard y court de Martigny à Sion.

L'autre histoire de Saillon est souterraine. On y tire du marbre dès 1832 — un blanc nacré, un turquin gris-bleu strié —, mais c'est la découverte, en 1873, d'un cipolin rubané de vert et de violet qui lance l'exploitation industrielle : la veine, travaillée dans l'Antiquité, passait pour perdue. Charles Garnier en fait poser à l'Opéra de Paris dès 1874, et un funiculaire à voie étroite descend les blocs depuis la carrière, ouverte à 1 000 mètres, jusqu'à la marbrerie de la Sarvaz à partir de 1880. Vingt-cinq sociétés se succèdent jusqu'en 1930, année où l'extraction cesse ; les blocs déjà en plaine se vendent jusqu'en 1950. Une reprise des années 1960, pour broyer la pierre cette fois, s'arrête en 1975.

En contrebas, la Salentse a creusé une gorge de deux kilomètres dont la source ressort en plaine à une vingtaine de degrés. Joseph-Samuel Farinet (1845-1880), faux-monnayeur né dans la vallée d'Aoste, s'y était réfugié et y est mort ; il ne frappait qu'une pièce, vingt centimes suisses datés de 1850, qu'il distribuait contre nourriture et protection. Un sentier jalonné de vingt et un vitraux mène de la place qui porte son nom à la vigne dite à Farinet, trois ceps dont le moût rejoint chaque année une cuvée de 1 000 bouteilles numérotées vendues au profit d'une œuvre de bienfaisance. Plus haut, une passerelle franchit la gorge à 140 mètres au-dessus du vide.

Pourquoi ce lieu est remarquable

Deux choses tiennent Saillon à part. Une tour maîtresse bâtie en 1261-1262 hors de l'enceinte castrale, parce que la colline du château ne pouvait recevoir à la fois le donjon et les logis — un renversement de la règle féodale, encore lisible dans les deux buttes distinctes qui dominent le bourg. Et une carrière dont le cipolin, retrouvé en 1873 après avoir été perdu depuis l'Antiquité, est parti garnir l'Opéra de Paris dès 1874, puis quantité d'édifices en Europe et jusqu'aux États-Unis.

Histoire et origine

Le nom apparaît par écrit en 1052 sous la forme Psallionis ; il dérive vraisemblablement d'un nom de personne latin, Salius ou Sallius, et désignait le domaine de celui-ci. La chapelle Saint-Laurent, hors du village en direction de Leytron, a servi d'église paroissiale à partir du XIe siècle, jusqu'à ce que le bourg se dote de la sienne au XVIIIe. L'enceinte date du XIIIe siècle ; des recherches y ont situé deux hospices Saint-Jacques, l'un pour les voyageurs, l'autre pour les malades, ainsi que les maisons de petits seigneurs locaux. L'église Sainte-Catherine, de 1740, a été agrandie en 1925 puis restaurée en 1945 et en 1996 ; elle conserve une fresque de Paul Monnier consacrée au martyre de saint Laurent. Les armoiries proviennent d'une ancienne bannière, dont un banneret est attesté en 1517.

Que faire et voir

  • Monter à la tour Bayart, donjon élevé en 1261-1262 à l'écart du château, sur une butte distincte de celle du château lui-même.
  • Parcourir le bourg médiéval enfermé dans son enceinte du XIIIe siècle, ruelles pavées et passages voûtés.
  • Suivre le sentier aux vingt et un vitraux dédié à Farinet, de la place qui porte son nom à la vigne à trois ceps.
  • Repérer, en contrebas, la gorge de la Salentse et sa source qui ressort en plaine à une vingtaine de degrés.

Venir en famille : ce qu'il faut savoir

  • La via ferrata des gorges de la Salentse est cotée de moyennement difficile à extrêmement difficile et demande équipement et expérience.
  • La grotte du Poteu, aux galeries explorées sur plus de douze kilomètres, n'est praticable que par des spéléologues avertis.
  • La passerelle qui franchit la gorge à 140 mètres au-dessus du vide suppose d'être attentif avec de jeunes enfants.

En couple

  • Monter jusqu'au sommet de la tour Bayart par l'escalier ménagé dans l'épaisseur du mur, avec la vue de Martigny à Sion.
  • Suivre le sentier des vingt et un vitraux jusqu'à la vigne à Farinet et sa cuvée annuelle de 1 000 bouteilles numérotées.
  • Traverser la passerelle suspendue à 140 mètres au-dessus de la gorge de la Salentse.
  • Chercher, dans l'église Sainte-Catherine de 1740, la fresque de Paul Monnier consacrée au martyre de saint Laurent.
À savoir avant de venir

La via ferrata qui part des gorges de la Salentse est cotée de « moyennement difficile » à « extrêmement difficile » : elle demande l'équipement et l'expérience correspondants.

La grotte du Poteu, dont plus de douze kilomètres de galeries ont été explorés, n'est praticable que par des spéléologues avertis.

Localisation

Charge une carte interactive Google Maps à la demande, à partir des coordonnées vérifiées du lieu.

Ouvrir dans Google Maps

Lieux associés

Passerelle en bois à rambarde traversant les gorges du Trient au-dessus d'une eau turquoise vive, entre deux parois rocheuses moussues ; en arrière-plan, une autre passerelle et un filet de protection tendu au-dessus de la gorge.

Gorges alpines · Valais · à 12 km à vol d'oiseau

Gorges du Trient

Entre les communes de Salvan, Vernayaz et Martigny, le Trient a taillé une gorge de 2 km dans des roches mêlant moraines, amphibolite, calcaire et schiste ; deux ponts jalonnent le sentier qui la longe jusqu'à la chute de la Pissevache.

Voir sur la carte (Valais)

La cascade descend dans la moitié gauche du cadre en une longue nappe blanche plaquée contre une paroi de roche sombre veinée d'herbe ; à droite, le versant rocheux monte en plein soleil vers un ciel bleu sans nuage, et au premier plan l'eau ressort en filets entre des blocs bruns et des touffes vertes.

Cascade · Valais · à 13 km à vol d'oiseau

Cascade de la Pissevache

Regardée depuis le XVIIe siècle, elle faisait aussi tourner des moulins ; dès 1866, une passerelle faisait passer les visiteurs sous l'eau. Le barrage de Salanfe, construit de 1947 à 1950, a fortement réduit son débit.

Voir sur la carte (Valais)

Dans les gorges du Durnand, plusieurs filets d'eau ruissellent sur une paroi rocheuse moussue à gauche, tandis qu'une cascade plus large se jette dans le lit du torrent au centre ; à droite, la passerelle de bois du sentier longe la roche sous une voûte de feuillage traversée de lumière.

Gorges alpines · Bovernier, Valais · à 14 km à vol d'oiseau

Gorges du Durnand

Alimenté par les glaciers de l'Arpette et de la Gurriaz, le Durnand entaille la roche entre Pointe Ronde et Catogne. Un sentier ouvert en 1877, rénové en 1987, longe ses quatorze cascades près de Martigny.

Voir sur la carte (Valais)