Marais lacustre · Lac de Neuchâtel

Grande Cariçaie

Sur une quarantaine de kilomètres de rive au sud du lac de Neuchâtel, le plus grand ensemble marécageux de Suisse — né d'un abaissement du lac au XIXe siècle.

Illustration dérivée, réalisée par Swiss Highlights à partir d'une photographie sous licence libre.

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La Grande Cariçaie borde la rive sud puis la rive est du lac de Neuchâtel sur une quarantaine de kilomètres, pour une surface d'environ 30 km². La végétation s'y ordonne en bandes parallèles au rivage : herbiers des hauts-fonds, ceinture de roseaux, prairies de laîches, forêt riveraine puis forêt-galerie, coupées de baies, d'étangs, de ruisseaux et de falaises de molasse que les eaux franchissent en cascades. On y a recensé environ 800 espèces de plantes et sans doute plus de 10 000 espèces animales, soit près d'un quart de la flore et de la faune suisses ; c'est le principal site de nidification du pays pour les oiseaux d'eau et les limicoles. Les réserves naturelles intercantonales y couvrent environ 3 000 hectares — la source les compte tantôt huit, tantôt neuf.

Ce paysage n'a rien d'immémorial : il est le sous-produit d'un chantier. La correction des eaux du Jura, menée de 1868 à 1891 puis reprise de 1962 à 1973, a abaissé le niveau du lac de 2,7 mètres. Le fond de l'ancienne zone de hauts-fonds s'est retrouvé à l'air libre, et les marais que la même opération asséchait ailleurs — le Grand Marais, la plaine de l'Orbe — ont trouvé là un refuge aux conditions presque identiques. Quelques années après la fin des travaux, les écosystèmes correspondants étaient installés. La rive a été inscrite en 1976, puis en 1990, à la convention de Ramsar sur les zones humides d'importance internationale.

Le site a failli disparaître une seconde fois. Dans les années 1970, le tracé retenu pour l'autoroute N1 longeait la rive sud du lac. Au début des années 1980, une campagne conduite par Pro Natura Helvetica, la Ligue suisse pour la protection de la nature et le WWF a réuni 560 000 signatures et 4 millions de francs — venus pour l'essentiel de Suisse alémanique, où la télévision avait davantage relayé l'appel. Le tracé a été déplacé en 1981. La gestion conservatoire a commencé en 1982 : fauchage, débroussaillage, creusement d'étangs, suivi scientifique, sur mandat intercantonal confié à l'Association de la Grande Cariçaie, basée à Yverdon-les-Bains.

La rive garde aussi une mémoire beaucoup plus longue. La présence humaine y est attestée dès 13 000 avant notre ère, et les baies abritent des villages sur pilotis depuis 4000 avant notre ère : entre Yverdon et Cudrefin, on compte treize stations du Néolithique ou de l'âge du Bronze, dont six sites archéologiques inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'humidité du sol y a conservé les bois. Le nom, lui, est récent : il vient des laîches — le genre Carex, et notamment la laîche raide qui abonde ici — et a été proposé par Michel Antoniazza, collaborateur scientifique de l'Association.

Pourquoi ce lieu est remarquable

Le plus grand marais de Suisse est un accident industriel devenu refuge : en abaissant le lac de 2,7 mètres pour assécher des marais, la correction des eaux du Jura en a fabriqué un autre, où les espèces chassées d'ailleurs sont venues se réinstaller. La rive concentre aujourd'hui près d'un quart de la flore et de la faune du pays, et treize stations lacustres préhistoriques dorment dans la même vase.

Histoire et origine

Le relief est jeune et entièrement lié au niveau de l'eau : les variations préhistoriques du lac sont estimées à 7 mètres, et l'abaissement artificiel de 2,7 mètres entre 1868 et 1891 a mis à sec une large frange de hauts-fonds. Derrière les marais, des falaises de molasse marquent la limite naturelle du paysage et le séparent de l'arrière-pays cultivé. La protection s'est construite en trois temps : inscription à la convention de Ramsar en 1976 et en 1990, déplacement du tracé autoroutier en 1981, gestion conservatoire dès 1982.

Que faire et voir

  • Longer la rive sud puis est du lac de Neuchâtel sur une partie des quarante kilomètres de la Grande Cariçaie.
  • Observer les bandes de végétation parallèles au rivage : herbiers, ceinture de roseaux, prairies de laîches, forêt riveraine.
  • Repérer les traces de la correction des eaux du Jura, qui a abaissé le niveau du lac de 2,7 mètres et créé ce paysage.
  • S'arrêter aux abords des baies abritant d'anciens villages sur pilotis, dont six sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Venir en famille : ce qu'il faut savoir

  • Les milieux traversés sont des marais et des forêts inondées : le sol y est instable et l'eau libre souvent proche, même masquée par la végétation.

En couple

  • Marcher le long du plus grand ensemble marécageux de Suisse, né d'un abaissement du lac au XIXe siècle.
  • Observer les falaises de molasse que les eaux franchissent en cascades, à la limite du paysage.
  • S'attarder près des baies où reposent treize stations lacustres préhistoriques, dont certaines datent du Néolithique.
À savoir avant de venir

L'ensemble est constitué de réserves naturelles : la nidification des oiseaux d'eau y est particulièrement sensible au dérangement, et la circulation hors des chemins et des plages autorisées peut y être interdite.

Les milieux sont des marais et des forêts inondées : le sol est instable et l'eau libre souvent proche, y compris là où la végétation la masque.

La nidification des oiseaux d'eau y est sensible au dérangement ; la circulation hors des chemins et plages autorisés peut être interdite dans les réserves naturelles.

Localisation

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Lieux associés

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