Lac glaciaire · Berne

Lac de Brienz

À 564 mètres, quinze kilomètres d'eau laiteuse entre des versants qui tombent à pic, sur le cours de l'Aar au sortir de l'Oberland.

Illustration dérivée, réalisée par Swiss Highlights à partir d'une photographie sous licence libre.

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Le lac de Brienz tient dans une dépression étroite de l'Oberland bernois, entre le village de Brienz à l'est et celui de Bönigen à l'ouest. Quinze kilomètres de long, deux et demi de large, une trentaine de kilomètres carrés, et une surface qui se tient à 564 mètres. Ses rives descendent droit sous l'eau, sans plage immergée : aucun autre lac du canton de Berne n'atteint pareille profondeur. L'Aar le traverse — c'est le premier lac de son parcours — avant de filer vers Interlaken et le lac de Thoune ; les deux Lütschine, descendues de Grindelwald et de Lauterbrunnen, s'y jettent aussi. Les chutes du Giessbach tombent sur la rive sud, et Iseltwald pousse dans l'eau son îlot du Schnäggeninseli.

La couleur du lac ne vient pas du ciel mais de ce que les rivières y charrient. Son bassin d'alimentation couvre 1 134 kilomètres carrés à 1 950 mètres d'altitude moyenne ; plus de la moitié en est stérile — éboulis et glaciers — et l'érosion y livre chaque année 300 000 tonnes de particules minérales. Cette poussière de roche, le lait glaciaire, décide de la teinte : l'eau est presque bleue et limpide en hiver, elle verdit quand les neiges fondent, puis vire au gris laiteux en plein août. Une goutte y séjourne 980 jours avant de repartir, et le dépôt du fond, épais de plus de 350 mètres, gagne deux centimètres par an — à ce rythme, la cuvette sera comblée dans 13 000 ans.

Le lac est devenu en une génération l'un des plus maigres de Suisse. Après l'interdiction du phosphate dans les lessives en 1986 et l'équipement du bassin en stations d'épuration, sa teneur en phosphates est passée sous le microgramme par litre à partir de 2001, valeur record parmi les grands lacs du pays. Le zooplancton s'est raréfié et le brienzlig, corégone qui ne vit nulle part ailleurs, en porte la marque : à quatre ans, ces poissons faisaient 26 centimètres pour 200 grammes, ils n'en font plus que 18 pour 40 grammes. La pêche à la féra, qui dépassait 15 kilos par hectare vers 1980, est retombée à un kilo. Le fond garde par ailleurs 280 tonnes de munitions immergées en 1948-1949 par 180 à 200 mètres ; les sédiments n'en portent que des traces, 100 à 1 000 fois sous les limites légales, et il a été décidé de les y laisser.

Les versants raides ont longtemps imposé le bateau : jusqu'au XIXe siècle, le bétail qui montait à l'alpage et la pierre extraite à Goldswil voyageaient par l'eau. La bascule se fait par étapes — premier bateau à vapeur en 1839, route continue sur la rive nord en 1865, voie ferrée établie entre 1872 et 1916, autoroute A8 sur la rive sud depuis 1988. Le trafic lacustre n'y a pas survécu comme métier ; il reste comme manière de traverser.

Pourquoi ce lieu est remarquable

Peu de lacs exposent aussi clairement le travail des rivières qui les remplissent : ici la teinte change avec la saison, du bleu limpide de l'hiver au gris laiteux d'août, parce que l'Aar et les Lütschine y déchargent 300 000 tonnes de particules par an. Les rives plongent sans palier, la cuvette est la plus profonde du canton de Berne, et la surface n'a gelé qu'une fois dans la mémoire écrite, en 1356.

Histoire et origine

Le lac occupe une fracture tectonique que le glacier de la vallée de l'Aar a surcreusée : au dernier maximum glaciaire, la glace montait ici entre 1 600 et 1 800 mètres, et le socle rocheux descend jusqu'à 400 mètres sous le niveau de la mer. Libéré des glaces il y a quelque 16 000 ans, il ne formait alors qu'une seule étendue d'eau avec le lac de Thoune, longue d'une soixantaine de kilomètres, de Meiringen à Uttigen ; ce sont les alluvions de la Lütschine qui les ont séparés en bâtissant la plaine d'Interlaken. Au Moyen Âge, le plan d'eau est un fief impérial que se partagent les barons de Ringgenberg et les Eschenbach, avant que le couvent d'Interlaken n'en réunisse la totalité entre 1146 et 1439. En 1434, un seuil bâti dans l'Aar pour alimenter un moulin ferme la route aux poissons et noie la plaine de Brienz sous le marécage. Les droits reviennent à Berne à la Réforme, au canton en 1803, à la Confédération en 1848.

Que faire et voir

  • Observer la couleur changeante de l'eau, du bleu limpide de l'hiver au gris laiteux d'août, due aux particules charriées par l'Aar et les Lütschine.
  • Voir les chutes du Giessbach tomber sur la rive sud du lac.
  • Repérer, depuis Iseltwald, le petit îlot du Schnäggeninseli poussé dans l'eau.
  • Suivre du regard les versants qui plongent droit sous l'eau, sans plage immergée, entre Brienz et Bönigen.

Venir en famille : ce qu'il faut savoir

  • L'eau reste froide toute l'année, de 5 à 20 °C en surface pour une moyenne de 10,85 °C.

En couple

  • Un moment face au lac pour observer sa teinte, qui change avec la saison sous l'effet du lait glaciaire.
  • Les chutes du Giessbach, sur la rive sud, comme point de vue à part.
  • L'îlot du Schnäggeninseli à Iseltwald, petit repère au bord de l'eau.
  • Les versants raides qui tombent directement dans le lac, à longer depuis la rive.
À savoir avant de venir

Les rives tombent à pic presque partout et le lac n'offre quasiment pas de fond remontant : l'entrée dans l'eau ne se fait pas en pente douce.

L'eau reste froide toute l'année — de 5 à 20 °C en surface, pour une moyenne de 10,85 °C, basse même pour un lac préalpin.

Localisation

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Lieux associés

Vue aérienne depuis le Harderkulm sur le village de Bönigen, niché à l'embouchure turquoise de la Lütschine dans le lac de Brienz ; les toits du village s'alignent entre l'eau turquoise et des prés verts, au pied de versants abrupts entièrement boisés qui montent vers le fond de la vallée.

Village bernois · Lac de Brienz · à 5 km à vol d'oiseau

Bönigen

Bönigen, à l'embouchure de la Lütschine dans le lac de Brienz, fut un fief des barons von Eschenbach cédé au couvent d'Interlaken en 1261 ; le village refusa la Réforme protestante en 1528 et compte aujourd'hui 2 786 habitants.

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Depuis une crête boisée, la vue plonge sur le lac de Brienz turquoise, puis sur la plaine d'Interlaken traversée par la rivière, avant que la paroi abrupte des montagnes ne referme l'horizon sous un ciel chargé de nuages.

Ville · Oberland bernois · à 7 km à vol d'oiseau

Interlaken

Une commune de 6 123 habitants sur une langue de terre plate, large de quatre kilomètres, entre deux lacs. Son nom latin ne date que de 1891 : avant, on disait Aarmühle, le moulin de l'Aar.

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Le long de l'Aar aux eaux turquoise, les maisons d'Unterseen s'alignent derrière une rangée d'arbres, dominées par le clocher de l'église, avec les sommets enneigés de l'Oberland bernois à l'horizon.

Petite ville du Bödeli · Berne · à 8 km à vol d'oiseau

Unterseen

Bâtie sur la rive nord de l'Aar face à Interlaken, Unterseen a brûlé en 1364 puis en 1470 ; Berne l'a fait rebâtir autour d'un hôtel de ville central. Ses façades de madriers datent du XVIIe au XIXe siècle.

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